Au-delà de l’amour – T. Lopsang Rampa

«Si une personne en aime une autre et que cette autre la déteste, un lien karmique se formera, mais il sera peu satisfaisant et ces deux personnes devront se réunir jusqu’à ce que la haine se transforme en amour. Seule une totale indifférence peut empêcher la formation de liens karmiques. La haine, comme l’amour, crée un lien karmique.»

T. Lopsang Rampa, Les univers secrets

Cette proposition – que nous retrouvons également dans les enseignements du Bouddha – permet de mesurer l’abîme qui sépare une telle conception du christianisme.

La haine et l’amour sont présentés comme deux polarités de l’énergie psychique, qui doivent ultimement se neutraliser afin de mettre un terme à l’illusion de l’altérité. Selon la doctrine naturaliste, toute relation entretient nécessairement une telle illusion par le fait même qu’elle implique une séparation entre les deux termes qu’elle met en rapport. Or dans un contexte moniste, c’est-à-dire au sein de l’unique substance divine, les distinctions ne peuvent être qu’apparentes : une vague ne se distingue pas réellement de l’océan dont elle émerge et dans lequel elle se résorbe.

Autrement dit l’adepte doit éviter de s’engager dans les relations humaines, qui constituent un piège redoutable sur le chemin de l’advaïta (non-dualité) ; il est invité tout au contraire à garder une parfaite indifférence afin d’éviter la formation de liens karmiques qu’il serait obligé de venir dénouer dans une incarnation ultérieure.

En tant que chrétiens, nous avons du mal à entrer dans une telle logique. Certes, Saint Thomas d’Aquin montre bien dans son Traité sur les passions de l’âme comment l’amour de convoitise et la haine constituent deux passions concupiscibles antagonistes. Mais nous ne sommes pas pour autant invités à éradiquer l’amour au même titre que la haine : il s’agit tout au contraire de le convertir, de le spiritualiser, de manière à passer de l’amour de convoitise (charnel) à l’amour d’amitié (psychique), puis, en accueillant la grâce, à l’amour agapé (spirituel).

Saint Jean enseigne en effet que « Dieu est amour » et que dès lors, « celui qui n’aime pas, ne connaît pas Dieu » (1 Jn 4, 8). C’est bien notre pauvre amour humain que la grâce divine réoriente et surélève progressivement, nous rendant capables d’aimer de l’amour même que Dieu nous offre et dans lequel il se révèle.

Le Dieu de la Révélation n’est pas resté indifférent à notre triste sort après le péché ; en Jésus-Christ nous voyons comment sa compassion l’a conduit à prendre chair de notre chair et à assumer jusqu’au bout les conséquences de notre égarement, afin de nous offrir jusque dans la mort, la vie divine qu’il nous destinait en héritage.

La béatitude à laquelle il nous convie, n’est pas une éternelle indifférence, mais un embrasement d’amour qui n’aura pas de fin. Cette étreinte entre le Créateur et sa créature, n’est pas une réduction à l’identique – qui exclurait toute véritable relation et donc tout amour – mais elle respecte la distinction des natures et des personnes, et conduit à une communion sans confusion, s’ouvrant sur une connaissance réciproque dans la vérité et dans l’amour.

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