La croyance en Dieu : une forme de pensée infantile – Scott Peck

« Lorsque nous les scientifiques regardons, depuis la supériorité de notre scepticisme, le phénomène de la croyance en Dieu, il ne nous impressionne pas. Nous voyons le dogmatisme et ce qui en découle : les guerres, l’Inquisition et les persécutions. Nous voyons l’hypocrisie de gens qui prônent la fraternité et tuent leur prochain au nom de leur foi, s’emplissent les poches au détriment des autres, agissent avec brutalité et cruauté. Nous voyons la multiplication anarchique des rituels et des images, sans consensus : tel dieu est une femme à six bras ; tel autre est un homme assis sur un trône ; tel autre est un éléphant ; tel autre encore, l’essence du néant ; nous voyons des panthéons, des dieux pour chaque famille, des trinités, des unités… Nous voyons l’ignorance, la superstition, la rigidité. Le bilan n’est pas fameux. Il est tentant de penser que l’humanité serait en meilleure posture sans sa croyance en Dieu, que Dieu n’est pas seulement un cadeau promis qui n’arrive jamais mais, s’il arrive, un cadeau empoisonné. Il serait même raisonnable de conclure que Dieu n’est qu’une illusion destructrice de l’esprit humain, et que la croyance en Dieu constitue une forme très répandue de psychopathologie qu’il faut absolument guérir.
Alors on peut se poser la question suivante : la croyance en Dieu est-elle une maladie ? Est-ce la manifestation d’un transfert, une idée de nos parents provenant du microcosme et incorrectement transférée dans le macrocosme ? Ou, autrement dit, une telle croyance, est-elle une forme de pensée infantile ou primitive dont nous devons nous débarrasser en cherchant de plus hauts niveaux de conscience et de maturité ? »

Scott Peck, Le chemin le moins fréquenté

Cette longue citation donne le ton du discours religieux du Nouvel Age, dont le célèbre psychiatre américain Scott Peck est un des principaux porte-paroles. Nous avons bien compris qu’il ne s’agit pas de devenir ni a-religieux ni a-thée : mais de passer de la croyance « traditionnelle » en un Dieu transcendant, à celle d’un divin immanent qui s’identifierait ultimement aux profondeurs de notre propre intériorité psychique. Mais pour en arriver là, il faut au préalable opérer la déconstruction de la religion. Pour ce faire, notre auteur suit une stratégie « classique » de dénigrement, qui se déploie en trois étapes.

Il commence par traîner la religion devant le tribunal de l’histoire. Toutes les horreurs – « guerres, l’Inquisition et les persécutions » – ne sont-elles pas dues au fanatisme religieux ? (La référence incontournable à l’Inquisition précise si besoin est, quelle religion est visée en premier.) Aucune allusion à l’action pacificatrice des saints ni à leurs œuvres de charité qui ont marqué durablement notre culture : la religion est réduite à ses exactions, c’est-à-dire à ses parodies mensongères, fruits de la trahison de l’homme et non de la grâce divine. Ce discours caricatural est hélas passé dans les axiomes – c’est-à-dire les propositions que l’on ne remet plus en question – du nouveau paradigme, comme en témoigne entre autres, le succès du Da Vinci Code.

Suit la dénonciation de l’hypocrisie, de la cupidité, et de la violence des hommes religieux. L’argument est d’autant plus fragile, qu’il est évident que ces comportements ne sont pas l’apanage des croyants, loin s’en faut. Ils ne découlent donc pas de l’orientation religieuse de leur vie, mais tout au contraire du « vieil homme », c’est-à-dire de la part non convertie de leur humanité. Ils ne sont pas une conséquence de la religion, mais du péché qui nous oppose à Dieu et aux autres au lieu de nous y « relier ».

La thèse suivante est particulièrement pauvre et à vrai dire surprenante sous la plume d’un auteur aussi cultivé – ou du moins sensé l’être. Comment pouvez-vous, Mr Scott Peck, faire fi de toute la pensée symbolique, et identifier les croyances à leurs représentations extérieures ? Soit vous avouez votre complète ignorance en la matière – auquel cas il vaudrait mieux ne pas aborder le sujet – soit vous profitez de votre autorité intellectuelle pour diffuser délibérément une vision réductrice, bien plus : un véritable pastiche de la pensée religieuse, dans l’intention de la discréditer aux yeux de vos lecteurs. « L’ignorance » que vous dénoncez, ne fleurit pas là où vous prétendez la dévoiler, et c’est en mettant comme vous le faites le mensonge au service d’aprioris réducteurs, que l’on construit les « dogmatismes » les plus « rigides ».

Au terme de cette caricature de procès, je comprends que « le bilan ne soit pas fameux ». En fait, vous avouez vos prémisses dans ce que vous faites apparaitre comme une conclusion : « L’humanité serait en meilleure posture sans sa croyance en un Dieu qui n’est pas seulement un cadeau promis qui n’arrive jamais mais, s’il arrive, un cadeau empoisonné ». Telle est sans doute l’image de Dieu à laquelle votre histoire personnelle vous a conduite ; mais une étude tant soit peu approfondie de la question aurait dû vous faire découvrir que la relation établie par la majorité des hommes avec l’Etre divin qu’ils invoquent, ne se réduit pas à cette caricature. Il est effectivement « raisonnable de conclure » que le dieu que vous décrivez « n’est qu’une illusion destructrice de l’esprit humain, et que la croyance » en cette idole « constitue une forme très répandue de psychopathologie qu’il faut absolument guérir ». Mais cette critique, et le travail de purification qui en découle, n’effleurent même pas la foi authentique ; car celle-ci est essentiellement une relation d’amour, une communion libératrice, avec le Dieu vivant et vrai, qui se révèle en Jésus-Christ, et se donne à connaître dans l’Esprit.

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