Magie et sacrements

« Vous écrivez dans une de vos interventions : “Toute oraison qui prétend à une efficacité inconditionnelle par le seul fait d’avoir été prononcée selon le rituel prescrit est de nature magique. Quel que soit le contenu de la formule, il s’agit en fait d’une invocation adressée (implicitement) à une entité du monde occulte qui a le pouvoir de réaliser l’objet de la demande.” La teneur d’une telle affirmation n’englobe-t-elle pas la formule de consécration prononcée par le prêtre lorsqu’il célèbre la sainte Messe ? Une telle assimilation me choque… Qu’en pensez-vous? »

Vous avez raison : pour éviter toute ambiguïté, j’aurais dû préciser : « en dehors du contexte sacramentel chrétien ». Dans ce cas particulier en effet, cette efficacité ne saurait être nommée « magique », puisque le terme spécifique qui la qualifie est précisément celui de (efficacité) « sacramentelle ». Mais les deux démarches ne sont pas sans rapport : essayons d’éclairer brièvement ce point.

Les rituels magiques tirent leur efficacité de l’initiation préalable reçue par le mage ; initiation au cours de laquelle l’esprit invoqué « adombre » le magicien, qui devient ainsi l’instrument de cet esprit. Celui-ci peut alors agir à travers le magicien dans les rituels qu’il accomplit. De là l’efficacité de l’action magique accomplie selon les normes convenues.

La ressemblance avec la démarche sacramentelle ne devrait pas nous étonner : ne parlons-nous pas des sacrements « d’initiation » ? Ne sommes-nous pas par le baptême sous l’onction de l’Esprit Saint invoqué sur nous ? Ne sommes-nous pas devenus son Temple, au point qu’il agisse par nous et en nous ? Saint Thomas précise même que par le sacrement de l’Ordre, le prêtre est transformé ontologiquement pour pouvoir agir « in persona Christi capitis » – dans la personne du Christ Tête : c’est donc bien le Seigneur lui-même, qui par l’Esprit, agit à travers le prêtre et donne leur efficacité aux paroles qu’il prononce et aux gestes qu’il pose – pour autant qu’il accomplisse le rituel sacramentel prescrit, et agisse « en ayant l’intention de faire ce que fait l’Eglise ».

Cette mise en parallèle souligne la gravité pour un chrétien de participer à un rituel initiatique hors de l’Eglise : il s’agit toujours pour lui d’une apostasie au moins implicite, puisqu’il renonce à l’inhabitation et à la collaboration avec l’Esprit Saint pour se vouer à d’autres esprits.

En ce qui concerne la prière, nous ne dirons pas que notre prière est toujours « efficace », bien que ce soit l’Esprit Saint qui la prononce en nous ; mais nous pouvons affirmer sans crainte avec Saint Thérèse d’Avila, qu’elle est toujours « exaucée », c’est-à-dire que Dieu l’entend et y répond. Seulement il se réserve d’éventuellement la « corriger » afin qu’elle concoure à notre bien véritable.

Pour résumer, il y a donc deux différences essentielles entre la formule magique et la prière chrétienne :

– la nature de l’esprit invoqué : l’Esprit Saint dans le cas de la prière ; un esprit (diabolique) dans le cas de la magie ;
– la nature de la collaboration entre l’homme et l’esprit invoqué : la prière se déroule dans le contexte d’une Alliance ; le rituel magique sur l’horizon d’un contrat.

D’où découle une troisième différence :
– la dimension interpersonnelle et le caractère dialogal de la prière ; le caractère mécanique de la formule magique.

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13 réponses à “Magie et sacrements”

  1. Pedro 12 octobre 2006 à 19 h 44 min #

    bonsoir Père,
    Que dire alors du miracle ? (pardonnez moi , je ne savais où poser cette question )
    Je suis allé quelques fois à Lourdes et ce qui m’a surpris dans la grotte, ce sont toutes les béquilles accrochées en haut. Alors je me suis posé des questions sur les miracles. Je sais qu’il y en a beaucoup et que l’Eglise étudie cela de près, sur quoi l’Eglise se base t-elle pour dire que tel événement est un miracle ? Connaissez-vous quelques exemples ?

    De même pour les Saints, je sais que certains (ou tous je ne sais pas) ont accompli des actes miraculeux. Qu’est-ce qui fait que quelqu’un devient un Saint, est-ce par la souffrance qu’on lui inglige, par les miracles accomplis ou autre ? Qui intercède dans le miracle et quelle est la « force » agissante dans le miracle ?
    merci Père pour vos lumières .
    respectueusement – Pedro

    • Père Joseph-Marie Verlinde 22 octobre 2006 à 7 h 38 min #

      Les enquêtes sur les cas de guérison susceptibles d’être de nature surnaturelle sont extrêmement longues, précisément parce qu’il s’agit de discerner la cause de la guérison. Est-elle naturelle, préternaturelle (occulte) ou surnaturelle ? Nous savons mieux aujourd’hui combien le psychisme peut influencer le corps ; nous découvrons aussi qu’il y a des forces naturelles inconnues des sciences et que l’on appelle occultes ; celles-ci peuvent être « efficaces », mais ne sont pas surnaturelles. Tout cela explique que le nombre de miracles reconnus est très limité : toutes les béquilles suspendues à la paroi de la grotte de Massabielle n’ont pas fait l’objet d’une enquête approfondie. Les « cas » célèbres, comme celui dont fut témoin le Prof. Alexis Carel, sont consignés dans des documents officiels, signés par des médecins (dont certains ne sont pas croyants) qui attestent le caractère scientifiquement inexplicable des guérisons obtenues.

      Je fais la différence entre
      – une « guérison miraculeuse », qui est une accélération scientifiquement inexplicable d’un processus de récupération de la santé, qui aurait pu advenir naturellement sur une plus longue durée ; et
      – un « miracle » à proprement parler, qui désigne une guérison totalement inexplicable et inespérée.

      On suppose que dans le miracle, Dieu lui-même est intervenu d’une manière qui transgresse les lois de la nature, ce qui n’est pas dans ses « habitudes » ! Il peut le faire soit directement, sans intermédiaire ; soit par le ministère d’un « saint », c’est-à-dire d’un croyant qui s’est totalement livré à l’Esprit Saint au point de le laisser œuvrer librement en lui.

      • Claude 25 octobre 2006 à 22 h 26 min #

        « On suppose que dans le miracle, Dieu lui-même est intervenu d’une manière qui transgresse les lois de la nature, ce qui n’est pas dans ses « habitudes » ! ».

        Mon Père, les lois de la nature sont celles d’un univers physique exploré par une humanité « déchue ». Le « Royaume » de Dieu ne désigne-t-il pas l’univers tel qu’il est perçu par une humanité non-déchue, ou ressuscitée dans un corps glorieux ? Les lois de la nature y seraient toutes autres. Autrement dit, les lois de la nature que nous percevons sont peut-être un cas très particulier de la (sur)nature divine. En ce cas, le miracle, s’il est de Dieu, n’est qu’une apparente transgression : c’est l’irruption des lois de la surnature dans la nature pécheresse. De notre point de vue, le surnaturel est l’exception. Du point de vue de Dieu il est la loi générale ; n’est-ce pas notre état de pécheur qui est l’anomalie ?

        • Père Joseph-Marie Verlinde 26 octobre 2006 à 19 h 06 min #

          Vous pouvez en effet voir les choses ainsi. Le miracle est toujours un signe de l’irruption du Royaume de Dieu qui ne passera pas, au cœur de ce monde qui passe. La résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ a inauguré ce Royaume définitif, qui s’étend désormais par l’action de l’Esprit Saint jusqu’au retour glorieux du Seigneur.

      • Dominique GRAS 12 novembre 2006 à 17 h 05 min #

        Bonsoir mon père

        C’est avec attention que j’ai lu votre message dans lequel vous écrivez que « dans le miracle, Dieu lui-même est intervenu d’une manière qui transgresse les lois de la nature ». Le mot « transgresse » me gène un peu car il signifierait que Dieu ne respecterait pas les lois de la nature qu’il a lui-même écrites. je crois plutôt que Dieu, dans le miracle intervient d’une manière qui surpasse les lois de la nature sans que nous puissions le comprendre. Je crois que Dieu manifeste, dans le miracle, son amour infini pour l’Homme, amour que nous ne pouvons ni mesurer ni quantifier voir même qualifier. S’il y a transgression des lois de la nature, il ne s’agit que d’une apparence.

        • Père Joseph-Marie Verlinde 10 décembre 2006 à 14 h 17 min #

          Je comprends ce que vous voulez dire ; aussi j’essaye de le formuler autrement. Il s’agit bel et bien d’une « transgression » des lois de la nature telle que nous la connaissons. Mais cette nature marquée par les conséquences du péché n’est pas celle qui est sortie des mains de Dieu. Aussi Celui-ci veut-il, par le miracle, nourrir notre espérance en un monde meilleur ; et il le fait en transgressant les lois de notre nature déchue, pour nous faire entrevoir les possibilités qui appartiendront à la nature régénérée.

  2. Anonyme 15 octobre 2006 à 8 h 00 min #

    Votre réflexion Père me fait penser à toutes les personnes qui font peu de cas de leur baptême, de leur confirmation, de cette onction qu’ils ont reçues presque « malgré eux » puisque ces sacrements ont été reçus lorsqu’ils étaient jeunes et non consentants ! Comme si ces sacrements étaient occultés et n’avaient jamais existé, du reste, il me semble que certains parents attendent qu’ils soient adultes et fassent leur choix eux-mêmes (comme si ce phénomène existait dans d’autres traditions !)
    Pour la petite histoire, j’ai rencontré récemment en plein Paris un groupe de Hare Krishna, adeptes relativement âgés au demeurant et je leur ai demandé s’ils avaient été bâptisés, ils m’ont répondu que oui.
    C’est quand même curieux cette « banalisation » du sacrement du baptême et cette « exaltation » de toutes ces formes d’initiations et de rituels ésotériques par laquelle je suis passée, je rends grâce au Séigneur qui m’a rappelée vers Lui et pour moi de façn intime « Dieu est plus fort que tout », les sacrements de l’Église Catholique ont vraiment leur place.

  3. Etienne 17 octobre 2006 à 20 h 30 min #

    Votre explication sur la différence entre magie et sacrement est, comme toujours, limpide. Et a donc le grand mérite de remettre les choses à leur place et de nous rappeler le caractère interpersonnel (et donc amoureux) de notre relation à Dieu.

    Je suis plutôt « catho » bon teint, si je puis m’exprimer ainsi, et ne fréquente pas à ma connaissance d’autres types d’initiation ou de mouvement new age. Si l’on excepte mon médecin qui pratique de l’acupuncture…

    Mais ce qui me frappe dans vos réponses, c’est qu’en gros, hors de l’Eglise point de salut. Pire même, le monde a l’air tout empli d’esprits maléfiques.

    Peut-être que je me trompe, mais l’impression à la lecture de ceci et du site final-age, c’est que mettre un pied en dehors de la théologie traditionnelle et de l’Eglise catholique relève du danger le plus grand : les démons sont partout et en tout ce qui n’est pas estampillé « Catholique romain »…

    Impression bizarre donc d’un monde soumis au Malin, peuplé d’esprits maléfiques et de suppôts de satan (dont certains s’ignorent)… Impressions étranges d’un monde dual, théâtre du grand combat cosmique du Bien et du Mal… même si le Mal n’est qu’une créature.

    Est-ce que je me trompe ?

    • Père Joseph-Marie Verlinde 22 octobre 2006 à 8 h 22 min #

      Je répondrai sans ironie que si « tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes » – ou pour le dire autrement : si l’humanité n’était pas en si mauvais état et pouvait s’élever par ses propres forces jusqu’à Dieu, il était inutile que le Verbe s’incarne et meure sur une Croix. Le mystère de la Passion est l’aboutissement du combat entre Jésus et les forces du mal, combat commencé au désert et promis à une épilogue dramatique : « Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentation, le démon s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé » (Lc 4, 13). L’ « ecce homo » (« Voici l’homme ») nous révèle le triste état de servitude dans lequel le péché nous a plongés, mais aussi bien sûr la gloire à laquelle le Père nous appelle en son Fils ressuscité.

      Nous ne pouvons pas oublier les paroles très réalistes de Saint Paul : « Ne savez-vous pas qu’en vous offrant à quelqu’un comme esclaves pour obéir, vous devenez les esclaves du maître à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l’obéissance pour la justice ? Mais grâces soient rendues à Dieu ; jadis esclaves du péché, vous vous êtes soumis cordialement à la règle de doctrine à laquelle vous avez été confiés, et, affranchis du péché, vous avez été asservis à la justice. Quand vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l’égard de la justice. Quel fruit recueilliez-vous alors d’actions dont aujourd’hui vous rougissez ? Car leur aboutissement, c’est la mort. Mais aujourd’hui, libérés du péché et asservis à Dieu, vous fructifiez pour la sainteté, et l’aboutissement, c’est la vie éternelle. Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6, 16-23). J’ajoute que pour les exégètes il ne fait aucun doute que sous la plume de Saint Paul, « le péché », dans la lettre aux Romains, désigne le démon. Je citerai encore la lettre aux Galates : « L’Écriture a tout enfermé sous le péché, afin que la promesse, par la foi en Jésus Christ, fût accordée à ceux qui croient » (Ga 3, 22).

      Nous pourrions multiplier ce genre de citations qui nous obligent à ne pas prendre à la légère le mystère d’iniquité dont Jésus nous délivre. Dans tous ces passages, la source d’inspiration de Saint Paul est toujours la Croix, où nous sommes invités à constater la terrible déchéance de notre humanité soumise au démon à cause du péché auquel elle a consenti, mais aussi à lire la folie d’amour (du Fils) de Dieu, qui n’a pas hésité à partager notre sort pour nous délivrer de nos chaînes et nous restaurer dans notre dignité filiale.

      Ce combat, que le Christ a mené victorieusement en notre nom à tous, à nous de l’actualiser tout au long de l’histoire jusqu’au retour glorieux de Notre-Seigneur. Je citerai ici un autre passage de la Révélation, tiré du livre de l’Apocalypse : « Alors, il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses Anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique Serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui. Se voyant rejeté sur la terre, le Dragon se lança à la poursuite de la Femme, la mère de l’Enfant mâle. Mais elle reçut les deux ailes du grand aigle pour voler au désert jusqu’au refuge où, loin du Serpent, elle doit être nourrie un temps et des temps et la moitié d’un temps. Alors, furieux contre la Femme, le Dragon s’en alla guerroyer contre le reste de ses enfants, ceux qui gardent les commandements de Dieu et possèdent le témoignage de Jésus » (Ap 12, 7-17).

      • Etienne 23 octobre 2006 à 11 h 40 min #

        Merci de m’avoir répondu. Ce que vous dites me paraît important pour ma compréhension de ce site. Je n’ai pas 40 ans et j’ai donc été élevé dans un monde où le mal a été dépersonnifié et Satan relégué dans l’antichambre du mythe. Je connais la Bible (un peu du moins) et les passages (nombreux) où le Mal apparaît, on m’a appris à les lire de façon symbolique. Je crois que l’on ne comprend véritablement final-age que si on lit l’Apocalypse (et singulièrement le passage que vous citez) au premier degré en interprêtant simplement les symboles-clés.

        J’avoue que cela me perturbe beaucoup. Je ne sais pas s’il est plus facile de vivre dans un monde où le mal est surtout dû à l’inachèvement du monde et à notre liberté débilitante ou bien dans un monde témoin de ce grand combat du Bien et du Mal…

        Du premier point de vue, la gravité est moins lourde apparemment mais pour le second, nous ne sommes plus qu’un théâtre, un champ de bataille… et surtout j’ai l’impression de nager en pleine mythologie !

        Si je me permets d’insister et de poursuivre la conversation sur ce sujet, c’est qu’il m’apparâit soudain capital et sous-jacent à ce site. Je veux dire que ce que vous nous racontez et expliquez si bien tout au long des dossiers de ce site n’est pas véritablement compréhensible avec une idée symbolique du mal et de Satan. Dit autrement : ce site nous mettrait en garde contre tout ce qui n’est pas chrétien, voire catholique, car le Satan se déchaîne aujourd’hui contre l’Eglise à travers le New Age et tout ce qui tourne autour, d’autant plus que les gens igoreraient son existence maléfique. Cependant, si Satan n’est qu’un symbole de notre mal, la perspective change radicalement !

        Or, il me semble que au long de mon « initiation » chrétienne (dans les années ’70 et ’80), on m’a donné le choix de croire ou non en une réalité personnelle du mal. « Satan n’est pas un objet de foi du Credo » m’avait dit un prêtre en réponse à une question que je lui posais à 18 ans.

        Que croire alors ? Quels arguments en faveur d’une interprétation non symbolique du mal ?

        et comment comprendre alors ce mystère d’un choix absolu de refus pour des êtres spirituels vivant dans l’éternité et face à l’amour divin ?

        L' »ecce homo », que vous citez, m’a toujours beaucoup interpellé ! L’homme sanguinolant et outragé, couronné mais d’épines et pourtant revêtu du manteau de pourpre : ce fils de Dieu (par adoption) qui s’ignore et que le mal défigure ! Quelle image ! Mais faut-il pour autant que le mal soit le Mal ? L’orgueil, la bassesse, la peur et la cupidité du Sanhedrin, de Pilate, des soldats, du peuple… et donc de nous tous, ne suffisent-ils pas ?

        Ma foi est une perpétuelle remise en question mais l’idée de devoir prendre à la lettre les passages sur le Mal et le Démon me perturbe beaucoup car elle chamboule beaucoup ma vision du monde, de Dieu et de l’homme… et que j’ai (à tort peut-être) l’impression de me retrouver en pleine mythologie babylonnienne ou perse !

        Merci de bien vouloir m’éclairer à nouveau.

        • Père Joseph-Marie Verlinde 26 octobre 2006 à 18 h 32 min #

          Le christianisme n’a jamais fait de Satan l’objet privilégié de ses prédications, et nous ajouterions : Dieu merci. Nous croyons en Dieu, en Christ et à la liberté nouvelle qu’il est venu nous donner, mais la foi en tant qu’attitude existentielle d’abandon confiant ne concerne pas ce triste personnage nommé Satan.

          Cependant une lecture attentive du Nouveau Testament ne permet pas de le réduire à une représentation mythique personnalisant les tendances négatives dans le cœur de l’homme. L’enseignement évangélique ne semble pas laisser de doute sur l’existence du monde démoniaque. La Tradition n’a jamais hésité sur ce point, pas plus que la liturgie. Et pour compléter la trilogie de la Révélation (Ecriture, Tradition, Magistère), il faut en dire autant du Magistère.

          Même si, au cours des siècles, l’existence de Satan et des démons n’a pas fait l’objet d’une affirmation explicite du Magistère, le sensus fidei n’a jamais hésité sur cette question. Même les hérétiques s’accordaient en général à reconnaître leur existence. Il y va donc d’une foi constante de l’Eglise, de sa conception de la Rédemption, et même au point de départ, de la conscience même de Jésus. C’est pourquoi, parlant de cette « réalité terrible, mystérieuse et redoutable » du mal, le Pape Paul VI affirmait avec autorité :

          « Il sort du cadre de l’enseignement biblique et ecclésiastique celui qui se refuse de la reconnaître pour existante, ou encore, qui en fait un principe existant en soi qui n’aurait pas, comme toute créature, son origine en Dieu, ou même qui l’explique comme une pseudo-réalité, une personnification conceptuelle et imaginaire des causes inconnues de nos misères ».

      • Etienne 23 octobre 2006 à 12 h 54 min #

        Je voudrais vous posez une autre question, si vous le permettez, mon Père.

        A moins que je ne me trompe, votre réponse ne précise pas explicitement si un salut est possible hors de l’Eglise. Mais en même temps, les passages cités semblent aller dans le sens que hors d’elle, nous tombons en esclavage…

        Vous dites en substance (si je vous comprends bien) : un magnétiseur, un acuponcteur, etc. peuvent vous faire du bien (et même le faire au nom de Jésus) mais s’ils emploient des forces occultes (que vous définissez apparemment comme ne relevant pas de la science actuelle), ils sont quand-même au service de Satan. Et donc, quelque part, nous entraînent avec eux du côté obscur. Est-ce que je me trompe ?

        Faire des « miracles » au nom de Jésus relève donc toujours du diable si il y a un jeu sur quelque chose d’occulte (au sens qui ne relève pas de la physique).

        Trois questions alors :

        1) Que faire alors de cette phrase du Christ face à la colère et la désapprobation de ses disciples qui rapportent que d’autres (hors des 12) guérissent en son nom : « Ceux qui ne sont pas contre nous sont avec nous… » ?

        2) A vous lire, j’ai l’impression que toute guérison, tout bienfait non reconnu catholique ne peut être que de Satan. Et donc nous faire basculer de son côté. Mais alors, il ne suffit pas de demeurer dans l’amour véritable d’autrui pour être en Dieu et Dieu en nous ? (1 Jn 4)

        3) en quoi le fait de « travailler » sur les « corps subtils » (s’ils existent) nous éloigne-t-il de Dieu et nous place-il du côté du diable ? car ce n’est pas lui l’inventeur de tout ça, si je ne me trompe pas. Dès lors, si l’homme a d’autres dimensions (que ne perçoit pas aujourd’hui la science actuelle), en quoi ces dimensions sont-elles d’office dangereuses ?

        Je voudrais me faire comprendre autrement : quand je prends un antibiotique pour soigner une angine, je m’en remets à la science pour me guérir. J’ignore quelle est la succession de découvertes qui a permis la mise au point de ce médicament et la qualité de vie de ceux qui l’ont découvert et mis au point. Peut-être étaient-ils liés intimement au mal pour la gloire ou l’argent. Je me sauve donc moi-même et grâce peut-être à la découverte de gens peu recommandables.

        Si la guérison de cette même angine passe par un acupuncteur ou l’homéopathie, en quoi est-ce différent ? Si ces procédés jouent à d’autres niveaux de mon être, quelle différence avec le médicament qui agit sur la dimension purement physique ? Dieu nous a créés tout entier.

        Je ne peux pas me sauver moi-même, Dieu seul me sauve. Mais avec ma participation. Pourquoi l’homme ne pourrait-il pas aussi avoir sa part dans sa guérison ? « Veux-tu guérir ? / Ta foi t’a sauvé ». Même si bien sûr, à Dieu seul revient le dernier mot ?

        • Père Joseph-Marie Verlinde 26 octobre 2006 à 18 h 53 min #

          Comme je suis en pleine retraite de guérison intérieure, je ne pourrai pas répondre aussi explicitement que je le voudrais à vos questions fort intéressantes : merci de votre compréhension.

          Vous avez raison de souligner que les corps subtils, s’ils existent, sont créés par Dieu et sont dès lors « bons ». J’ajoute que la réalité occulte, même si pour le moment elle échappe à la saisie de la science classique, est un « champ énergétique » également créé par Dieu. Ce n’est donc pas l’énergie occulte ni les plans occultes en tant que tels qui posent problème.

          Mais je suis frappé de la convergence des diverses traditions qui s’intéressent à ces domaines parallèles, et qui toutes témoignent de l’existence d’entités spirituelles gouvernant ces plans. Bien plus : l’homme ne pourrait agir sur ces niveaux qu’avec leur collaboration.

          Or l’interprétation de ces entités spirituelles par la Tradition chrétienne n’est guère encourageante, puisqu’elle les identifie à des démons, c’est-à-dire des anges déchus, révoltés contre Dieu, et cherchant à entraîner l’homme dans leur égarement coupable.

          Vous aurez remarqué que je ne mets pas l’acupuncture et l’homéopathie sur le même plan que le magnétisme, ou disons plus largement que les énergothérapies (thérapies utilisant les énergies occultes). Mes mises en garde portent essentiellement sur la collaboration avec les entités gouvernant les plans occultes. Comme les énergothérapies s’y réfèrent implicitement sinon explicitement, je ne peux que les déconseiller. Pour les deux autres techniques, je n’ai guère d’informations suffisantes pour trancher : aussi je demeure prudent par rapport à l’acupuncture en raison de son enracinement dans le Taoïsme – matrice de l’Alchimie – et pour l’acupuncture dont les origines et le fonctionnement demeurent particulièrement obscurs – probablement également en lien avec le Taoïsme. Mais vous aurez remarqué que je ne les « diabolise » pas et que je renvoie à la conscience de chacun pour trancher.