Graal, Légende du Saint

Le sujet est complexe, car le mythe du Saint Graal est né de la rencontre de diverses traditions – pas toujours chrétiennes : bien des éléments proviennent de traditions folkloriques païennes – qui se sont cristallisées autour de la quête du calice de la dernière Cène, ou encore de la coupe dont Joseph d’Arimathie se serait servi pour recueillir le précieux Sang de Notre-Seigneur au pied de la croix.

Pour ne citer que les sources littéraires les plus connues :
– Perceval ou le Conte du Graal (Chrétien de Troyes – fin du XIIe s.) ;
– Parsifal (Wolfram von Eschenbach – 1210) ;
– Roman de l’histoire du Graal ( Robert de Boron) ;
– La Quête du Graal (Lancelot du Lac – premier quart XIIIe s.) ;
– La mort du Roi Arthur (Sir Thomas Malory – XVe s.).

Le Perceval présente, sous couvert de la recherche du Graal, un parcours initiatique chevaleresque : suite à une rencontre avec de mystérieux chevalier dans un bois, un jeune homme se met en quête du Roi Arthur afin de recevoir de lui ses armes de chevalier. La quête du Graal est une des épreuves qu’il a à subir, et qui se soldera d’ailleurs par un échec. Chrétien de Troyes précise seulement que la coupe du Graal contiendrait une Hostie. Ce thème eucharistique sera développé par Lancelot.

Le Parsifal de Wolfram von Eschenbach reprend le récit au moment de l’erreur du jeune homme, qui après avoir accompli ce qui est attendu de lui, est désigné comme souverain et Seigneur du Graal. Mais d’un récit à l’autre, le Graal est devenu une pierre précieuse aux vertus merveilleuses. Au terme du récit, le Graal est transféré dans l’Inde mythique, signifiant ainsi l’occultation de la tradition secrète, gardée en un lieu inaccessible aux non-initiés.

Dans Le roman de l’histoire du Saint Graal, Merlin est né de l’union d’un démon avec une femme vierge, trompée la nuit par l’ennemi. Le chapitre XXV est consacré à la légende de Joseph d’Arimathie. L’histoire du calice est un peu compliquée : Pilate se serait lavé les mains au moment du procès dans le calice de la dernière Cène ; puis Pilate aurait donné à Nicodème ce qu’il considère n’être qu’une simple écuelle ayant appartenu à Jésus, au moment où le dit Nicodème vient demander à Pilate l’autorisation de descendre Jésus de Croix. Le corps saigne encore, et Nicodème recueille le Sang dans l’écuelle, qui est en fait le calice de la Cène. Malgré bien des déboires et grâce à la protection divine, Joseph parvient à sauvegarder le précieux calice. Au terme d’événements plus merveilleux les uns que les autres, il fait finalement placer le calice dans une arche construite à cet effet.

Le renouveau de la légende du Graal est dû à la présence d’un certain nombre de thèmes issus de la mythologie celtique, et chers au Nouvel Age : une civilisation antique supérieure s’est progressivement dégradée ; mais elle garde en un lieu secret, un vase sacré contenant un mystérieux breuvage – ou à une pierre – aux vertus magiques. Pour s’en emparer, il faut traverser une série d’épreuves initiatiques. La redécouverte de ce trésor marquerait l’avènement d’un âge d’or et d’une nouvelle race.

La quête du Graal a inspiré la création de différents Ordres initiatiques modernes, qui associent le Graal à l’alchimie et le considèrent comme une expression privilégiée de la Tradition primordiale. Citons l’ « Ordre de la Rose-Croix, du Temple et du Graal » de Joséphin Péladan (1891). D’autres ont abondamment récupéré le thème, tel que la Golden Dawn (1888), l’Ordo Templi Orientis (1902), le Lectorium Rosicrucianum (1924).

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