Dialogues avec l’Ange (I)

1- « Tant que tu ne sens pas où tu dors, il est difficile de t’éveiller. Dois-je montrer l’endroit ? – (Gitta) Ah oui ! (Geste vers mon front, entre les yeux) – La seule façon de t’éveiller est de cesser de rêver. Vous rêvez tous. Chaque existence, pas seulement la vôtre, n’est que rêve. Un seul éveil : Lui » (25 sept. 1943).

2- « En vérité il n’y a pas de péché. Il envoie le péché pour que vos yeux s’ouvrent » (22 oct. 1943).

3- (Gitta) « Que faut-il comprendre par “Trinité” ? – Elle est en toi. Si tu crois. Le monde créé : le Fils ; le Créateur : le Père ; le pont : le Saint Esprit. En vérité elle est une » (5 nov. 1943).

4- (Gitta) « Qu’est-ce que la résurrection ? – Mal nécessaire. Si tu es en haut, il est vain de ressusciter. Seul ce qui est en bas ressuscite. Tombé au fond du tombeau, il resurgit. Jeu de marionnettes… éblouissement ! Qu’y a-t-il à ressusciter, si tu es un avec lui ? Son royaume viendra. Si vous l’appelez, il viendra. Et tout cela est en vous » (17 déc. 1943).

Gitta Mallasz, Dialogues avec l’Ange

L’ouvrage dont sont extraites ces quelques lignes est suffisamment connu pour ne pas nécessiter de longue présentation. Les dix-sept entretiens d’Hanna, Joseph, Lily et Gitta avec leur Ange respectif, ont en effet joui d’une grande publicité, et furent même présentés par Jacques Chancel aux auditeurs de Radio-France. Bien des chrétiens succombèrent à cet engouement : somme toute, n’étaient-ce pas des « Anges » qui délivraient un message de la part de Dieu ?

Il faut reconnaître que le discernement n’est pas facile ; l’ouvrage relate la pédagogie de quatre Etres « célestes », entrant à tour de rôle en contact avec quatre amis – un homme et trois femmes – au moyen de messages, délivrés pendant dix-sept mois par la bouche d’une des participantes (Hanna). Chaque Ange exige de son accompagné(e) une prise en main responsable de sa vie qu’on ne peut qu’approuver. Cependant, au-delà de bon nombre d’aspects positifs, il faut bien constater que les discours de ces Messagers s’écartent de l’Evangile sur des points qui sont loin d’être secondaires. Les quelques échanges proposés ci-dessus devraient éveiller notre vigilance ; ils nous invitent à situer ces dialogues plutôt parmi la littérature ésotérique, se déployant sur un horizon naturaliste.

1- Le premier échange reprend la thèse chère aux Traditions orientales, selon laquelle le monde phénoménal, chaque entité particulière et ultimement chaque individu, ne serait qu’une illusion (Maya) dont l’adepte devrait se dégager pour réaliser son identité au Soi cosmique divin. On se souvient que le Bouddha est désigné comme l’« Eveillé », et le cheminement de l’adepte comme une recherche de l’« éveil », entre autres par concentration sur le « troisième œil », c’est-à-dire le chakra situé entre les sourcils des yeux.

2- Nous avions déjà souligné que dans un contexte naturaliste et moniste, il ne peut y avoir de « péché ». Il n’y aurait en effet selon cette doctrine aucune altérité ni relation réelles au sein du divin immanent. Dès lors la notion d’Alliance s’évanouit et le péché se voit réduit à une erreur de parcours dont il faut tirer profit.

3- La définition de la Trinité proposée par « l’Ange » confirme notre analyse : le Fils est identifié au monde, qui n’est pas réellement distinct de celui qui est improprement désigné comme « créateur », puisque d’après le contexte, il s’agirait d’un processus d’émanation et non de création. Le « pont » entre ciel et terre est ici assumé par l’Esprit Saint, mais en d’autres passages c’est l’homme lui-même qui constitue cette unité entre le Principe divin et le monde. Sa mission étant précisément de dépasser la dualité apparente pour réaliser l’identité primordiale et finale de l’Unique Principe.

4- C’est ce qu’exprime l’interprétation de la Résurrection proposée par l’Ange : celle-ci ne serait qu’une image de la prise de conscience de l’homme de sa nature divine immanente. Il ne s’agit donc pas de la participation à la Résurrection de Notre Seigneur et Sauveur Jésus dans la foi, mais d’une expérience intérieure que chacun serait appelé à réaliser au terme de son cheminement individuel.

Nous analyserons encore quelques citations se référant explicitement au Christ, mais dès à présent il apparaît que ces « Anges » se situent plutôt dans la perspective des soi-disant « maîtres » de la « hiérarchie blanche » – cette congrégation d’esprits prétendument supérieurs, qui seraient envoyés vers les hommes pour les aider à franchir le seuil du Nouvel Age et avec lequel les médiums peuvent communiquer grâce au channeling.

Il est clair que le chrétien ne saurait écouter d’autre « maître » que le Christ et ne saurait prêter attention à de soi-disant « Anges » qui se font les propagateurs d’un naturalisme ignorant le Dieu trinitaire et professant la divinité naturelle de l’homme.

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