La religion païenne

« Qui est cette Déesse qu’adorent les païens ? Elle est l’Etre Suprême, la totalité de l’énergie et de la matière de l’univers, qu’elle intègre harmonieusement par le pouvoir de l’amour dans toutes ses formes :
– l’amour du terroir : “ J’aime mon village ”
– le désir sexuel : “ J’aime ma femme et mes enfants ”
– la chaîne alimentaire : “ J’aime un bon cassoulet ”.

Elle est immanente dans le cycle vital de toutes les créatures, animaux, plantes, pierres et vents autant que des êtres humains. Les païens l’appellent souvent la triple Déesse et lient ses trois aspects aux trois phases visibles de la lune. Mais elle est aussi Gaïa, l’esprit de la terre et du cycle vital de toutes ses créatures vivantes. Nous sommes le plus proche d’elle dans l’extase passionnée de l’amour physique. Pourquoi l’anthropomorphiser au lieu de l’appeler tout simplement la force vitale ? Pour aider notre compréhension de ce qu’il est possible d’avoir une relation personnelle avec elle malgré son universalité et éternité sans limites ».

Frédéric Lamond, La religion sans dogmes

Le paganisme panthéiste est probablement le courant qui se diffuse le plus rapidement de nos jours parmi les « nouveaux mouvements religieux » qui ensemble constituent la nébuleuse du « Nouvel Age ».

Il se vante de

« ne reconnaître aucun prophète, guide ou avatar divin soit vivant, soit mort ; de n’avoir ni écritures sacrées, ni dogmes, ni croyances obligatoires ».

La seule autorité est l’expérience « mystique » personnelle, que chacun est libre d’interpréter comme il l’entend.

Ce qui conduit la « religion païenne » à « embrasser les panthéons riches des religions préchrétiennes européennes et parfois aussi de l’hindouisme et des religions africaines contemporaines, non comme croyances, mais comme descriptions poétiques de nos relations avec notre milieu vivant ».

La force de séduction de ce mouvement est probablement son simplisme déroutant : toute sa sagesse se résume en un culte de la vie immanente à la nature, érigée en une déesse avec laquelle l’adepte tente d’établir une relation intime de type fusionnel. Le caractère féminin de la divinité se pose en opposition explicite au « monothéisme patriarcal » judéo-chrétien, accusé bien sûr de tous les maux des sociétés qui ont eu le malheur d’y adhérer. La première partie de l’ouvrage qui tente de démontrer cette thèse ne vaut franchement pas la peine d’être lue : le christianisme que décrit l’auteur est à ce point caricatural qu’on ne voit pas où pourrait s’engager un dialogue.

On chercherait d’ailleurs en vain une réflexion digne de ce nom dans les quelque 240 pages que compte l’ouvrage de Fr. Lamond : la religion païenne qu’il promeut est non seulement a-dogmatique, mais elle ne cache pas son allergie envers toute conceptualisation.

« Le paganisme est une religion d’expériences, non de croyances »

voilà le leitmotiv qui justifie une paresse intellectuelle déconcertante. Rien d’étonnant à cela lorsqu’on sait que pour le païen,

« les pensées humaines ne sont que des courants électriques à bas voltage qui excitent des nerfs dans nos cerveaux ».

N’allez pas pour autant accuser votre interlocuteur de matérialisme :

« L’univers tout entier vit consciemment, et chaque animal, plante, pierre, goutte d’eau, nuage et vent peut avoir autant de conscience et de sentiments que nous, mais à des fréquences différentes ».

Selon le schéma classique du monisme, l’esprit et la matière seraient deux manifestations, ou deux modalités, ou encore deux émanations de l’unique Energie divine (la Déesse).

Bien plus importante que la raison est l’intuition des mondes subtils, le « ressenti » dans la nature :

« nous pouvons tous communiquer nos sentiments aux animaux, plantes, pierres, ruisseaux, lacs, mers, nuages et vents que nous rencontrons ».

Cependant, parmi les « expériences mystiques », l’étreinte charnelle jouit d’un privilège particulier :

« Nous sommes le plus proches d’elle (la Déesse) dans l’extase passionnée de l’amour physique ». « Toutes les fonctions naturelles de nos corps sont des lieux de manifestations divines, mais surtout l’expression physique de l’amour sexuel ».

Cette Déesse – qui jouit des faveurs particulières de plus d’un courant féministe – risque cependant de ne pas pouvoir combler les aspirations « mystiques » de la femme. C’est pourquoi ses dévots lui ont attribué

« un époux : le dieu cornu que les Grecs appelaient Pan et les Celtes Cernunnos. Avec ses cornes de cerf ou de rameau ruant et ses sabots divisés de chèvre, il représente l’aspect mâle et assertif de la fertilité, même de la concupiscence masculine débordante. Il est l’équivalent masculin de l’aspect amant et séducteur de la Déesse, de sorte que les femmes païennes ont autant que les hommes une divinité séductrice à laquelle elles puissent se donner ».

Voilà les traits essentiels de la « religion montante » de ce début de troisième millénaire ! Qui eût cru que la réaction contre le christianisme – car c’est hélas bien de cela qu’il s’agit comme nous aurons l’occasion de le montrer – conduirait nos contemporains à une régression vers les paganismes ancestraux ! Puisse le bon sens reprendre ses droits et l’esprit critique ses exigences, afin de transmettre aux générations à venir une culture digne de ce nom.

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