Le maléfice et son caractère inacceptable

Une forme particulière de magie1, qui vise à nuire au prochain, est représentée par ce que l’on appelle le maleficium. Thomas d’Aquin le compte parmi les péchés mortels2.

On l’appelle vulgairement le « mauvais œil » (mal fait avec le regard) ou « mauvais sort » (faire quelque chose de symbolique avec l’intention de souhaiter du mal ou de nuire). Il s’agit de formes grossières et populaires de magie, parfois mises en acte par ignorance ou par ingénuité, d’autres fois avec une intention véritable de faire du mal.
Celui qui en fait profession doit son nom, sortiarius, à une pratique très répandue au Moyen Âge, consistant à prévoir et diriger le destin (sort) par ses sortilèges. À son tour, le sortiarius n’est rien d’autre que l’héritier occidental des magiciens de l’ancienne Perse et de l’Assyrie, qui avaient commencé par l’étude officielle des astres et avaient fini par recourir à des méthodes occultes visant à assurer des vengeances particulières : il eut pour continuateurs divers groupes, au bas Moyen Âge, jusqu’aux modernes « sorciers » de type populaire ou au profil « professionnel » plus élevé. L’idée est très répandue parmi nos gens du « mauvais sort » exécuté aux dépens de quelqu’un.

Il est généralement compris comme un acte de malédiction, un geste de condamnation ou un phénomène de suggestion en mesure de faire du mal à ceux auxquels il est adressé, sans que l’on pense – au moins d’une manière directe ou explicite – à un acte de nature démoniaque.

Malgré son caractère d’ingénuité, cet acte doit être considéré comme inacceptable du point de vue chrétien, dans la mesure même où il se pose comme une action contraire à la vertu de religion, à la justice et à la charité. On ne peut accepter que quelqu’un désire et s’efforce de faire du mal à quelqu’un d’autre.

Bien plus grave est le « maléfice » de celui qui a la présomption de soumettre qui en est l’objet (éléments inanimés, animaux et surtout personnes) au pouvoir ou au moins à l’influence du démon. Dans de tels cas, en tant qu’il est réalisé avec cette présomption spécifique, il revêt la forme de la magie « noire » et constitue un acte gravement peccamineux.

Certains fidèles se demandent : le « mauvais sort » existe-t-il ? A-t-il des effets réels? Le démon peut-il se servir de personnes mauvaises et donc de gestes comme le « mauvais sort » ou le « mauvais œil » pour faire du mal à quelqu’un ?

La réponse est certainement difficile pour juger des cas particuliers, mais l’on ne peut exclure, dans des pratiques de ce genre, une certaine participation du geste maléfique au monde démoniaque, et inversement. Pour cette raison, l’Église a toujours fermement refusé et refuse le « maleficium » et toute action qui lui est proche.

  1. Lettre pastorale : Magie et démonologie, DC 2104(1994)988-998 []
  2. S. Thomas, Somme, II-II, q. 76, a. 3. []
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