Le spiritisme et l’Eglise

« Les premiers chrétiens croyaient à la préexistence de l’âme et à la survivance de l’âme dans d’autres corps. Ils se livraient aussi aux évocations et communiquaient avec les esprits des morts. Les Actes des Apôtres fourmillent d’indications sur ce point, Saint Paul décrit, sous le nom de dons spirituels, tous les genres de médiumnité dans sa première épître aux Corinthiens. Dans le texte grec des Evangiles on trouve presque toujours isolé le mot esprit. Saint Jérôme, le premier, y ajoute celui de saint, et ce sont les traducteurs français de la vulgate qui en ont fait le Saint-Esprit.

L’Eglise naissante entra en conflit avec ceux qu’on appelait alors les hérésiarques. Ceux-ci, inspirés par les esprits, combattaient le faste des évêques, les dogmes imposés comme un défi à la raison. Les esprits, en enseignant le rachat des fautes commises par les vies successives et reniant l’autorité sacerdotale devinrent une véritable menace pour l’Eglise. Celle-ci ne tarda pas à condamner les communications avec les esprits, les attribuant à Satan. »

Bulletin d’Association du Centre Spirite Lyonnais
n°3, Décembre 2000 ; Courrier des lecteurs

Voilà comment en quelques lignes, le spiritisme réécrit l’histoire de l’Eglise, dans le plus grand déni de toute objectivité scientifique. Il est vrai que nos interlocuteurs peuvent compter sur une source d’information dont nous ne disposons pas : les « esprits » ; le tout est de savoir si cette source est vraiment fiable ?!

-# Si Origène fait effectivement allusion à une possible préexistence des âmes – doctrine qui fut condamnée par l’Eglise – il n’a par contre jamais cru – ni aucun Père de l’Eglise ! – en « la survivance de l’âme dans d’autres corps », c’est-à-dire en la réincarnation.
-# Il faut vraiment être de mauvaise foi pour prétendre que le mot « Esprit » est « presque toujours isolé », et que ce serait Saint Jérôme qui aurait ajouter le qualificatif de « Saint » dans sa traduction. D’ailleurs de nos jours, les principales versions du Nouveau Testament (TOB, Bible de Jérusalem, e.a.) ne se réfèrent plus à la Vulgate (latine) de Jérôme, mais traduisent immédiatement du grec. Chacun peut dès lors vérifier l’absence totale de fondement des affirmations de nos interlocuteurs. Dans la (seconde) lettre aux Corinthiens à laquelle il est fait allusion dans notre citation, nous lisons même deux expressions très précises – « Esprit de Dieu » et « Esprit Saint » – dans un même verset (2 Co 12, 3). Ce n’est qu’après avoir ainsi définis sans ambiguïté possible de qui il parle, que Saint Paul se permet de simplifier l’expression et de parler de « l’Esprit » dans les versets suivants. Il est donc hors de question d’interpréter les charismes comme étant des pouvoirs occultes exercés par quelques médiums travaillant avec l’aide de l’un ou l’autre « esprit ».
-# Quant au livre des Actes des apôtres que mentionne également notre auteur, il précise dès le second verset du premier chapitre que le Christ donnait ses instructions dans « l’Esprit Saint ». Trois versets plus loin, Jésus annonce : « C’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici quelques jours ». Rien que dans les Actes, nous avons relevé 36 occurrences du terme « Esprit » accompagné du qualificatif « Saint ». Auxquelles il faut ajouter 18 mentions dans les lettres de Saint Paul, et 22 usages dans les Evangiles. Comment notre auteur peut-il sérieusement prétendre qu’« on trouve presque toujours isolé le mot “esprit” » ?!
-# Que l’Eglise entra en conflit avec les hérésiarques est incontestable, et elle s’y opposa précisément pour conserver la pureté de la doctrine évangélique contre les interprétations gnostiques qui rendaient vaine la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il est clair que si chacun pouvait racheter par ses propres efforts, les fautes qu’il a commises dans une incarnation précédente – comme le prétendent les « esprits » – c’est en vain que le Christ aurait souffert sa Passion.

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