Un spiritualisme sans esprit

« Spirituel et corporel sont des mots qui expriment seulement des degrés de ténuité ou de densité de la substance. »

Eliphas Lévi, Dogme de la Haute Magie

La théorie de la relativité restreinte (Einstein, 1905), nous apprend que la matière et l’énergie sont équivalentes (au carré de la vitesse de la lumière près : E=mc2). Il est dès lors logique d’assimiler les différentes formes d’énergie à la matière, ou d’assimiler la matière à une modalité d’une énergie particulière. On parle d’ailleurs en physique de « matière-énergie ».

Or si le « spirituel » ne diffère du « corporel » que par sa moindre densité – comme le prétend la citation d’Eliphas Lévi – il est clair que cet « esprit » n’est qu’une forme subtile de matière-énergie. Sous l’apparence d’un spiritualisme, l’occultisme est donc en réalité un matérialisme, qui ignore la spécificité de l’esprit.

Ceci est bien sûr en opposition fondamentale avec la pensée chrétienne, et la source de nombreuses confusions. Dans la perspective chrétienne, l’esprit transcende radicalement la matière : l’Eglise enseigne que « chaque âme spirituelle1 est immédiatement créée par Dieu » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 366), c’est-à-dire insufflée par le Créateur au moment de la fécondation de l’ovule.

La distinction très claire entre l’âme rationnelle et la matière, n’implique par pour autant une dualité de nature, telle que la propose R. Descartes. Le père du rationalisme oppose en effet deux substances radicalement différentes : la substance pensante (ou l’esprit) et la substance étendue (ou matière). Il est clair qu’une telle séparation sans espoir de réconciliation, sacrifie l’unité du sujet humain.

L’Eglise nous enseigne tout au contraire que

« L’unité de l’âme et du corps est si profonde, que l’on doit considérer l’âme comme la “forme” du corps ; c’est en effet grâce à l’âme spirituelle que le corps constitué de matière, est un corps humain et vivant. L’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies, mais leur union forme une unique nature » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 365).

Telle est d’ailleurs bien notre expérience commune. Rejetant la confusion entre l’esprit et la matière – inhérente à l’occultisme – tout comme l’opposition cartésienne en deux substances séparées, nous maintenons l’unité substantielle de l’âme rationnelle et du corps qu’elle anime.

Par contre l’union hypostatique nous donne à contempler comment le Verbe unit en sa Personne la nature divine qu’il possède en tant que Fils unique, et la nature humaine qu’il a reçue de la Vierge Marie. Ce mystère de l’union sans confusion des deux natures, divine et humaine, dans la Personne du Christ, permet d’entrevoir comment par la foi qui nous unit à la Personne de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, nous pouvons « participer à la divinité de celui qui a voulu prendre notre humanité ». Ou pour le dire avec les paroles de l’apôtre Saint Pierre : comment nous pouvons « devenir participants de la nature divine » (2 P 1, 4).

Ignorant tout de la transcendance de la grâce incréée sur la nature créée, et de l’esprit sur la matière, l’occultisme ne peut conduire qu’à une bien triste eschatologie, qui nous condamne à demeurer prisonniers de l’immanence de ce monde, alors que nous sommes appelés à partager la vie divine du Christ dans l’Esprit.

  1. Nous ne faisons pas de différence entre « esprit » et « âme spirituelle » ; le Catéchisme précise en effet : « Parfois il se trouve que l’âme soit distinguée de l’esprit. Cette distinction n’introduit pas une dualité dans l’âme : “esprit” signifie que l’homme est ordonné dès sa création à sa fin surnaturelle, et que son âme est capable d’être surélevée gratuitement à la communion avec Dieu » (CEC, 367). []

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