Quand Dieu ne répond pas

« A peine avais-je opéré la séparation (de mon double astral), que je pris conscience de la présence de trois personnages dans la pièce. Prudent, je restai près de mon corps physique alors qu’ils s’approchaient de moi. Ils entreprirent de me tirer, sans violence mais de manière délibérée comme s’ils désiraient connaître ma réaction. Ils paraissaient y prendre beaucoup de plaisir. Je m’efforçai de conserver mon calme, mais ils étaient trois et j’étais seul. Je n’étais pas certain de parvenir à réintégrer le physique avant qu’ils ne m’en éloignent trop. Je me mis à prier. Je recourus à toutes les prières que je connaissais. Je demandai à Dieu de m’aider. Je criai le nom de Jésus-Christ que j’implorais de m’aider. Je m’adressai à divers saints dont j’avais entendu parler par mon épouse qui est catholique. Le résultat ? Mes tourmenteurs rirent à haute voix et me tiraillèrent de plus belle. “Ecoutez-le implorer ses dieux”, s’esclaffa l’un d’eux, avec mépris. “Ecoutez-le donc !” ».

Robert A. Monroe, Le voyage hors du corps

Pour comprendre la citation, il faut préciser que Robert Monroe est un spécialiste du « dédoublement volontaire », encore nommé « projection astrale ». Il définit lui-même le phénomène comme suit :

« La projection astrale, pour le non-initié, est un terme qualifiant la technique consistant à quitter de manière momentanée son corps physique pour se déplacer dans un corps non-matériel ou “astral”. »

Avant de donner quelque crédit aux événements rapportés, il faudrait bien sûr étudier de plus près les possibilités d’affabulation, de rêve conscient, voire de dédoublement pathologique de la personnalité. Supposons que ces vérifications aient été faites et que le témoin ait été jugé digne de foi, et voyons de plus près la réaction de R. Monroe lors de sa rencontre avec deux entités astrales peu avenantes. Pris d’angoisse, il se met à « prier » ; entendons : à réciter toutes les prières qu’il avait entendues autour de lui, car lui-même se déclare loin de la foi et de la religion. Il reconnaît en effet :

« La religion n’avait jamais beaucoup influencé ma pensée ; Dieu, l’Eglise et la religion ne représentaient pas grand-chose pour moi. En fait, je n’avais jamais réfléchi à la question, ni dans un sens ni dans un autre, le sujet n’éveillant tout simplement pas mon intérêt. »

C’est la peur de ces êtres rencontrés lors d’un voyage hors de son corps physique, qui provoque un sursaut de religiosité chez notre auteur. Hélas dans le cas cité et dans bien d’autres qu’il rapporte,

« Aucun ange gardien ne vint à son secours. Je ne compte plus les incidents de ce genre. Un fait est certain : j’enregistre à chaque fois les mêmes résultats (négatifs) lorsque j’essaie de recourir aux techniques de prière courantes. »

Cette dernière précision est significative : R. Monroe, en toute sincérité, recourt à des « techniques » de prière, mais peut-on dire qu’il prie ? Il suffit de citer encore notre auteur pour trouver la réponse :

« Prier comme on nous l’enseigne aujourd’hui évoque une formule chimique que l’on récite sans rien savoir de l’intention ni de la signification des ingrédients originaux. Notre civilisation est riche en habitudes irrationnelles de ce genre. Il est évident que la prière est l’une d’entre elles. »

La prière – au sens chrétien du terme – n’a rien à voir avec ce genre de procédure qui s’apparente à la magie ; mais elle est inséparable de la foi dont elle est une des expressions les plus fondamentales. L’apôtre Paul le dit clairement :

« L’Esprit vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut » (Rm 8, 26).

Or l’Esprit nous est donné précisément par et dans la vertu théologale de la foi, qui nous rend participante de la vie même de Dieu. Certes

« Le nom de Jésus, donné aux hommes, est le seul qui puisse nous sauver » (Ac 4, 12).

Mais ce n’est pas en vertu d’une quelconque puissance magique liée au mantra « Jésus » que le salut s’opère, mais par la foi en la personne de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, Seigneur et Sauveur.
L’aventure de R. Monroe nous fait penser au récit relaté au livre des Actes des Apôtres :

« Quelques exorcistes ambulants juifs s’essayèrent à prononcer, eux aussi, le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient tourmentés par des esprits mauvais. Ils disaient : “Je vous adjure par ce Jésus que Paul proclame”. Mais l’esprit mauvais leur répliqua : “Jésus, je le connais, et Paul, je sais qui c’est. Mais vous autres, qui êtes-vous ?” Et se jetant sur eux, l’homme possédé de l’esprit mauvais les maîtrisa les uns et les autres et les malmena si bien que c’est nus et couverts de blessures qu’ils s’échappèrent de cette maison » (Ac 19, 13-16).

L’épisode raconté par R. Monroe ne prouve ni que le ciel est vide, ni que la prière est vaine ; il confirme seulement que c’est la foi qui sauve, et que seule une prière jaillissant d’une foi vivante est exaucée. Mais l’événement – toujours en supposant qu’il soit crédible – apporte encore un enseignement supplémentaire. Il confirme que les entités astrales – quelle que soit leur nature – ne sont guère recommandables. Car même si notre auteur n’est pas dans les dispositions voulues pour que sa prière soit exaucée, si ces êtres étaient dans la lumière de Dieu, ils auraient au moins manifesté du respect pour le nom de Jésus que R. Monroe invoquait. Leur manque de compassion devant le désarroi de cet homme, et leur mépris devant son effort de piété, trahissent le camp auquel ils appartiennent. Non : le monde astral – s’il existe – n’est pas l’antichambre du ciel, mais un miroir aux alouettes qui attire dans ses filets ceux qui confondent le monde occulte avec la sphère transcendante de l’Esprit.

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