Aujourd’hui, une ambiance gnostique ?

La gnose est dans l’air du temps

Il existe aujourd’hui de nombreux groupes religieux dont on peut dire que de près ou de loin ils empruntent une démarche de type gnostique au sens large du terme. La gnose est dans l’air du temps et les groupes qui se réclament de ce type de démarche se multiplient1. Mais à côté des adhésions claires et repérables à tel ou tel de ces mouvements, on peut se demander s’il n’existe pas aussi une gnose douce, soft, qui imprègne les comportements et les attitudes de beaucoup de nos contemporains. Essayons d’en repérer les traits principaux.

Étrangers à un monde qui ne satisfait pas

En arrière-fond des courants gnostiques de tous temps, on décèle la difficulté à accepter le monde tel qu’il est. La présence du mal scandalise, le mal sous toutes ses formes. Aussi bien celui causé par les hommes eux-mêmes – haine, violence, guerre, que le mal « naturel » – la souffrance, la maladie, la mort, qui paraissent d’autant plus injustes quand ils touchent des êtres innocents et donc irresponsables.

De ce constat ont toujours surgi les questions : ce monde, qui l’a fait ? D’où vient-il ? Où va-t-il ? Pourquoi est-il abîmé, et par qui ? Est-ce le fait d’une chute originelle, d’un sabotage, ou de quoi d’autre ? Et à toutes ces questions, qui peut répondre ?2

De là naît le sentiment de se sentir étranger à ce monde qui ne peut être la vraie patrie. Il doit bien exister un ailleurs, et c’est cet ailleurs qu’il faut chercher…

  1. La gnose, – qui est le fait d’un « moi » en quête de son « soi » réel et divin (H. Ch. Puech) -, se monnaye en effet aujourd’hui en quantité de groupes puisant au même fonds ésotéro-occultiste et à la Tradition parallèle d’Occident : Théosophie, Anthroposophie, Fraternité blanche universelle, Mouvement du Graal, Ordre Martiniste, Rose-Croix, Atlantis, Metanoïa, Penser Nouveau, certaines Franc-maçonneries. Et bien d’autres – cf. par exemple : Jean Vernette, Jésus dans la nouvelle religiosité, 2ème éd. Mame-Desclée, Paris, 1996. []
  2. On a pu ainsi parler d’une « gnose éternelle » (H. Cornelis, A. Léonard) qui réapparaît dans les périodes de crise. Elle donne un air de famille aujourd’hui à des recherches aussi différentes que les spéculations : – scientifiques, sur le secret de l’Univers, avec la Gnose de Princeton, – ésotériques, sur la recherche des civilisations, traditions et secrets perdus, avec la littérature foisonnante de l’occulte et de l’étrange, – religieuses, sur « l’authentique contenu du message de Jésus », avec les recherches sur le sens caché des manuscrits de la Mer morte et la réédition des Évangiles apocryphes, – psychologiques, sur la structure religieuse de la conscience, avec le renouveau d’intérêt pour Carl Gustav Jung et les travaux de Victor Frank, – littéraires, sur l’étrangeté de la condition humaine, avec les nouvelles approches du symbolisme de Baudelaire et de Rimbaud, du surréalisme d’André Breton. []

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