Les Esprits-instructeurs de la pédagogie des écoles Waldorf

« Au début de ce travail, nous voulons tout d’abord diriger nos pensées sur nos rapports individuels avec les puissances spirituelles, ces puissances qui confient à chacun d’entre nous l’œuvre à accomplir, et dont nous serons en quelque sorte les mandants. C’est pourquoi je vous demande de considérer ces paroles d’introduction comme une sorte de prière adressée aux puissances qui, nous apportant imaginations, inspirations et intuitions, doivent nous assister à l’heure où nous nous chargeons de cette tâche.
Evitons de considérer comme un fait banal appartenant à la vie quotidienne la fondation de cette école, en le considérant comme un acte solennel des puissances guidant l’humanité. C’est dans ce sens que tout d’abord, au nom de l’Esprit bienfaisant qui doit guider l’humanité hors de la misère et de la détresse actuelles, au nom de cet Esprit qui doit permettre à l’humanité d’accéder à un degré plus élevé de l’évolution en matière d’enseignement et d’éducation, je voudrais exprimer la reconnaissance la plus chaleureuse aux Esprits bienveillants qui ont inspiré la pensée de fonder l’Ecole Waldorf pour le progrès de l’humanité. Nous ressentons toute la grandeur de l’œuvre qui nous attend, et nous considérons l’instant où elle va débuter comme un événement d’une solennité universelle. C’est en nous plaçant à ce point de vue, mes chers amis, que nous voulons entreprendre notre activité ; nous voulons nous considérer comme des êtres que le Karma a placés en un lieu où doit se produire, non pas quelque chose d’ordinaire, mais un événement impliquant chez ceux qui y coopèrent, le sentiment d’un moment solennel dans le monde. »

Rudolf Steiner, Etude de la nature humaine. L’anthropologie base de la pédagogie.

Depuis quelques années, les écoles Waldorf connaissent un succès grandissant en France – et en d’autres pays. La raison de cette expansion est sans doute dû en partie au prosélytisme des anthroposophes ; mais aussi à une certaine insatisfaction de bon nombre de parents devant ce qu’il faut bien appeler une « laïcisation » de l’enseignement.

L’éducation d’un enfant implique bien plus que l’enseignement d’un ensemble de savoirs. Il s’agit de poser les fondations sur lesquelles il pourra ensuite construire sa vie de manière autonome et responsable. La transmission des valeurs est bien évidemment une dimension essentielle de ce travail éducatif. Or des pans entiers de l’axiologie ont été éludés dans le contexte de l’idéologie relativiste contemporaine.

Rudolf Steiner avait fondé les écoles Waldorf en 1919 pour faire face au matérialisme, qui nie la dimension spirituelle de l’être humain. De nos jours, nous ne sommes plus à proprement parler dans un contexte matérialiste, mais la « dictature du relativisme » (Benoît XVI) est à sa manière tout aussi redoutable. Car en niant l’objectivité et l’universalité des valeurs, on les soustrait par le fait même du projet éducatif. L’exaltation de l’individualisme – « à chacun sa vérité » – qui découle du relativisme, finit par étouffer la dimension spirituelle de l’enfant puis du jeune et de l’adulte, tout aussi efficacement que le matérialisme.

Pressentant cette dérive réductrice, bon nombre de parents sont en quête de circuits éducatifs « parallèles » qui prolongeraient le travail entrepris au sein de la famille. C’est ainsi que faute d’informations suffisantes, ils peuvent être attirés par des propositions pour le moins ambiguës, telles que les écoles Waldorf.

Loin de moi de prétendre qu’il n’y aurait rien de positif dans ces écoles, ou de vouloir jeter le soupçon sur les intentions de ceux qui s’y investissent. Cependant, l’occultation délibérée des principes directeurs de la pédagogie mise en œuvre par les éducateurs, pose problème. Alors que la plupart des écoles ésotériques insistent en priorité sur leur doctrine (gnostique), l’Anthroposophie tout au contraire met en avant les applications pratiques découlant de sa vision du monde, tout en passant sous silence l’horizon de pensée qui donne sens et cohérence à ses projets.

Or il se trouve que l’anthropologie sous-jacente à l’éducation proposée dans ces écoles, ainsi que les principes directeurs de la pédagogie qui s’y déploie, sont franchement incompatibles avec une vision chrétienne de l’homme et de sa destinée, ainsi que de sa relation à Dieu, aux autres et au monde. Pour nous en tenir à l’extrait cité, il est clair que l’insistance sur le rôle des « puissances spirituelles », invoquées solennellement et à qui R. Steiner adresse sa prière, devrait suffire à mettre le croyant en garde et à éveiller sa prudence. Sans entrer dans une étude détaillée de l’anthropologie particulièrement complexe proposée par notre auteur, disons seulement que dans une école Waldorf, l’enfant est invité à se percevoir comme une partie du Tout cosmique divin, régi par une hiérarchie de « puissances spirituelles », avec lesquelles il sera progressivement mis en contact.

Ces quelques précisions suffisent à faire comprendre que l’ésotérisme « christique » de Rudolf Steiner – qui interprète abondamment les Evangiles à la lumière de ses présupposés gnostiques – n’a pas grand-chose à voir avec une lecture ecclésiale, des Ecritures. La Révélation divine est passée chez R. Steiner par le filtre des « révélations » privées qu’il reçoit des « puissances spirituelles » avec lesquelles il collabore. Une telle subordination de la Révélation à d’autres instances ne saurait être acceptée par un chrétien, qui lit la Parole inspirée en Eglise, c’est-à-dire à la lumière de la Tradition des Pères, et sous la conduite éclairée du Magistère.

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