Regard chrétien sur le Nouvel-Âge (1/5)

Le « Nouvel Âge » se présente comme le « nouveau paradigme[1] » qui succède au paradigme judéo-chrétien sur lequel s’était construite la culture européenne jusqu’au milieu du siècle précédent. Il est important dans le contexte de la nouvelle évangélisation, de prendre la mesure de cette rupture de l’horizon de sens sur lequel se faisait hier encore l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Le terme « Nouvel Âge » a été introduit par David Spangler en 1967. Mais l’idée de l’entrée prochaine de l’humanité dans une nouvelle période de son évolution, est plus ancienne : l’ésotéricien français Paul Le Cour (1871-1954) annonçait déjà la transition prochaine de notre Planète dans l’« ère du Verseau » – allusion au passage du point vernal du signe du Poisson au signe du Verseau[2] – qui marquerait un bouleversement des mentalités. L’humanité entrerait alors dans un âge nouveau, une ère d’harmonie, de paix, de tolérance. Ce « nouvel âge » devrait également voir l’avènement d’une nouvelle humanité, dont le niveau de conscience serait bien plus élevé et atteindrait des dimensions planétaires et cosmiques.

Les deux expressions – « Nouvel Âge » et « ère du Verseau » – sont équivalentes en France, les pays anglophones préfèrent en général parler de « New Age ».

À vrai dire, le Nouvel Âge est indéfinissable ; il n’est pas un mouvement, ni une « secte », ni une association à laquelle on s’inscrit ou à laquelle on adhère. Il s’agit plutôt d’une « nébuleuse mystique-ésotérique » informelle, rassemblant un ensemble de courants qui ont entre eux un « air de famille », tout en gardant leur originalité.

Citons le card. G. Daneels : le Nouvel Âge « n’est pas une religion mais il est quand même religieux ; n’est pas une philosophie mais il est quand même une vision de l’homme et du monde ainsi qu’une clé d’interprétation. Il n’est pas une science mais s’appuie sur des lois “scientifiques”. Il est une nébuleuse qui contient de l’ésotérisme et de l’occultisme, de la pensée mythique et magique au sujet des secrets de la vie[3] ». C’est sans doute cette absence de visage aux contours définis qui explique qu’à l’origine le Nouvel Âge n’ait pas reçu de nom précis.

Le Nouvel Âge n’a ni « fondateur » ni « dogme » à proprement parler ; il s’est constitué en un réseau – network – et même un réseau de réseaux ou méta-réseau (metanetwork). Celui-ci permet aux unités indépendantes (individus ou organisations), ayant leur vie et leur structure propres, de demeurer interconnectées avec les autres composantes du réseau.

Des nouveaux mouvements, dotés d’une structure bien définie, d’un chef ou d’un gourou et de toutes les autres caractéristiques typiques des mouvements sociaux, se joignent continuellement à ce réseau global.

On ne saurait cependant confondre le Nouvel Âge avec les NMR (nouveaux mouvements religieux) ni avec les mouvements gnostiques, ésotériques, occultes, spirites ou autres NMM (nouveaux mouvements magiques). Ceux-ci se définissent précisément comme des mouvements, avec une hiérarchie et une structure souvent très marquées et une doctrine bien définie, ce qui n’est pas le cas du Nouvel Âge. Ce dernier se définirait plutôt comme un réseau de communication ou d’interaction entre ces différents mouvements.

Dans un des manifestes du Nouvel Âge, les Enfants du Verseau, M. Ferguson écrivait : « Quelque chose de remarquable est en cours et se développe à une vitesse vertigineuse. Mais ce mouvement n’a pas de nom, il échappe à toute description. À mesure que nous découvrons l’existence de nouvelles organisations, de groupes dont l’intérêt converge dans les nouvelles approches de la santé, de l’éducation humaniste, de la nouvelle politique et de la gestion, nous avons été frappés par la qualité indéfinissable du Zeitgeist.

L’esprit du temps que nous vivons est chargé de paradoxes. Il est à la fois pragmatique et transcendantal. Il associe l’illumination et le mystère, le pouvoir et l’humilité, l’interdépendance et l’individualité. Il est simultanément politique et apolitique. Ses auteurs et ses acteurs se recrutent aussi bien auprès des conservateurs que parmi leurs adversaires. En quelques années, le mouvement a contaminé par ses implications la médecine, l’éducation, les sciences sociales, les sciences exactes et même les gouvernements[4] ».

Les points communs qui justifient le rapprochement des unités composant cette nébuleuse et qui lui donnent un « air de famille », sont en rupture avec la vision du monde, de l’homme et de Dieu véhiculée par le judéo-christianisme, et bien souvent en contradiction avec les énoncés de la foi chrétienne. Parmi les principaux axiomes qui constituent le dénominateur commun des courants de pensée regroupés dans le Global Network, nous retiendrons :

  • un relativisme éthique et religieux
  • une conception holistique, moniste ou unitaire de l’univers
  • une conception réincarnationniste de la vie après la vie

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[1] Au sens sociologique, le terme paradigme désigne l’ensemble des croyances, des procédures et des acquis qui sont unanimement reconnus par une communauté de pensée, et d’où celle-ci tire sa cohérence.
[2] Selon une théorie astrologique, le soleil changerait de signe zodiacal toutes les 2160 années environ. L’ère des Poissons commença dans l’an 1 après le Christ et devrait donc être relayée par l’ère du Verseau aux environs de l’année 2160.
[3] G. Daneels card., Le Christ ou le verseau ?, Presses de l’archevêché, Mechelen, 1991.
[4] M. Ferguson, Les enfants du Verseau, J’ai lu, coll. « Aventure secrète » n° 4029/7, Paris, 1999, pp. 10-11.

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