Regard chrétien sur le Nouvel-Âge (2/5)

Rejetant tout énoncé normatif, le Nouvel Âge préconise un relativisme éthique et religieux, conduisant à un subjectivisme radical : chacun est appelé à se libérer des conditionnements moraux et religieux, pour s’engager dans la création de sa propre réalité – en perpétuelle évolution – dont il sera libre d’établir les lois – toujours révisables.

La trame sur laquelle se tissent les idées communes aux différents mouvements composant la nébuleuse, pourrait être définie comme une forme particulièrement radicale de relativisme : non seulement chacun de nous peut définir sa vérité, mais nous pourrions également « créer » notre réalité, avec ses vérités et ses lois propres. L’horizon philosophique est donc un idéalisme ontologique et un relativisme épistémologique.

S’il n’y a pas de vérité absolue, aucune vérité dans l’ordre moral ou religieux ne peut s’imposer : les dogmes ne seraient que des vérités relatives, assemblées par un groupe particulier, et faisant autorité dans cette microsociété.

Chaque individu est invité à construire son propre « kit religieux », en fonction de ses aspirations du moment, en se gardant toute liberté d’évoluer dans ses conceptions.

Le critère de choix n’est plus la « vérité » de la doctrine, mais l’expérience subjective que procurent les techniques proposées par les différentes propositions religieuses. Cette priorité de l’expérience achève de relativiser les doctrines.

Selon le Nouvel Âge, il suffirait de soulager les diverses religions de leur aspect dogmatique et hiérarchique, pour découvrir, derrière ce fatras exotérique, une seule et même doctrine ésotérique. Au lieu de s’en tenir à une religion particulière, qui risque bien vite de devenir aliénante, il vaut mieux remonter jusqu’à la racine ou la source communes de toutes les religions : la Tradition primordiale, à laquelle tous les fondateurs auraient puisé l’essentiel de leurs enseignements. Selon Aldous Huxley[1], un tel syncrétisme, loin d’être réducteur, mettrait tout au contraire en commun le « meilleur » de chaque religion, c’est-à-dire son aspect ésotérique.

Pour les adhérents au Nouvel Âge, il ne fait aucun doute que cette Tradition primordiale est une religion naturaliste (qui divinise la nature ou naturalise dieu). Le fait que ce pan(en)théïsme soit incompatible avec la conception du Dieu Créateur transcendant professé par le judéo-christianisme ne les trouble pas, car selon eux le transcendantalisme des religions juive et chrétienne résulte d’une dénaturation, par des disciples peu éclairés, d’enseignements originellement naturalistes. Il en va de même pour toutes les autres points incompatibles : tous sont dénoncés comme des erreurs de la doctrine exotérique du christianisme, qui a occulté les véritables enseignements du Christ.

Nous pressentons que derrière un relativisme religieux de façade, se cache une intolérance redoutable, rejetant a priori toute forme de croyance qui n’entre pas dans le schéma de la religiosité naturaliste dite primordiale.

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[1] Aldous Leonard Huxley (1894-1963) a été l’un des plus brillants intellectuels de sa génération en Angleterre. Atteint d’une infection de la rétine, il devient presque complètement aveugle à l’âge de seize ans. Cet événement sera déterminant pour son itinéraire : se tournant vers ses « ressources intérieures », le jeune homme entame une recherche spirituelle qui va marquer toute sa vie et son œuvre. A force d’exercices, il recouvre la vue au bout de trois ans. Mais toute sa vie, il sera sujet à des troubles et à des rechutes. Après un voyage qui le mène en Inde et au Népal, c’est dans un mysticisme d’inspiration orientale qu’il cherche réponse à sa quête de sens.

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